Un transfert de charge, c’est quoi ?
C’est une expression que l’on croise de plus en plus dans l’actualité de la protection sociale, en particulier depuis l’adoption de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026. Derrière ce terme un peu technique se cache un mécanisme qui touche directement le budget santé des assurés, des entreprises et des professions libérales. Explications.
Une définition simple
Le transfert de charge désigne le fait de faire porter par les organismes complémentaires, mutuelles, sociétés d’assurance et institutions de prévoyance, une part de dépenses de santé qui était jusque-là financée par l’Assurance maladie obligatoire (AMO), c’est-à-dire la Sécurité sociale. En clair, l’État réduit ses remboursements sur certains actes, et cette part manquante est prise en charge par les assurances maladies complémentaires (AMC), ce qui se répercute, in fine, sur les cotisations des assurés.
Le système français de remboursement des soins repose en effet sur trois acteurs : l’Assurance maladie obligatoire, qui rembourse une partie des frais selon des tarifs fixés par l’État ; les complémentaires santé, qui prennent en charge tout ou partie du reste ; et l’assuré lui-même, pour ce qui demeure à sa charge après ces deux interventions. Lorsque l’un des deux premiers acteurs réduit sa participation, l’équilibre se déplace vers les autres.
Ce que prévoit la LFSS 2026, concrètement
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 organise un nouveau transfert de charges dans le champ hospitalier, pour un montant annoncé d’environ 400 millions d’euros. Deux mesures illustrent ce mouvement :
- le forfait patient urgence (FPU), payé lors d’un passage aux urgences non suivi d’hospitalisation, est passé de 19,61 € à 23 € depuis le 1er mars 2026, conformément à un arrêté du 27 février 2026 publié au Journal officiel ;
- la participation forfaitaire applicable aux actes lourds (actes dont le tarif atteint au moins 120 €) est portée à 32 €. Cette somme reste en théorie à la charge du patient, mais elle est presque systématiquement prise en charge par les contrats de complémentaire santé responsables.
À cela s’ajoute une contribution exceptionnelle de 2,05% mise à la charge des organismes complémentaires (mutuelles, institutions de prévoyance et sociétés d’assurance) permettant de récolter environ 1 milliard d’euros. Un amendement a toutefois été adopté pour que cette taxe ne soit pas directement répercutée sur les cotisations des assurés.
Un mouvement qui ne date pas de 2026
Ce glissement n’est pas nouveau : l’Assurance maladie s’était déjà désengagée en octobre 2023 sur certains soins bucco-dentaires courants (détartrage, carie, extraction, dévitalisation). La LFSS 2026 s’inscrit dans cette continuité, avec une accélération sur le poste hospitalier.
Quelles conséquences pour les cotisations ?
Les organismes complémentaires sont soumis à des règles de solvabilité qui leur interdisent d’être en déséquilibre technique. Contrairement à la Sécurité sociale, ils ne peuvent pas accumuler de déficits : toute charge supplémentaire doit donc, à terme, se traduire par un ajustement des cotisations. Pour les contrats collectifs d’entreprise, l’effet est direct puisque la prise en charge des nouveaux forfaits pèse mécaniquement sur la cotisation collective. Selon une estimation de l’Unocam (l’Union nationale des organismes complémentaires d’assurance maladie), le coût réel de ces mesures en année pleine pourrait dépasser les 400 millions d’euros initialement annoncés par le gouvernement.
Pour les avocats, experts-comptables et plus largement les travailleurs non-salariés couverts par une complémentaire santé individuelle ou collective, il se traduit concrètement par une vigilance accrue sur l’évolution de leurs cotisations dans les années à venir, un sujet que KERIALIS continuera de suivre pour vous.
Sources : Argus de l’Assurance ; Les Échos ; AEF Info ; DREES, Panorama de la complémentaire santé ; arrêté du 27 février 2026 (JORFTEXT000053594224) ; Unocam ; Fédération des institutions paritaires de protection sociale (FIPS).











