La santé au travail dans les cabinets d’avocats
Dans un cabinet, la fatigue ne vient pas seulement du nombre d’heures. Elle vient aussi des dossiers que l’on emporte dans la tête, des messages qui arrivent à toute heure et des urgences qui s’empilent. Nous avons déjà abordé les mécanismes du stress chronique et de l’épuisement professionnel. Comment le temps et l’organisation du travail peuvent protéger, ou user, ceux qui font tourner un cabinet ?
La charge mentale, ce travail invisible
La charge mentale, c’est tout ce que l’on garde en tête : les échéances de procédure, les clients inquiets, les dossiers en attente. Elle ne s’arrête pas quand on ferme la porte du bureau. À propos du télétravail, l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) pointe une hyperconnexion et de longues journées nées de la multiplication des sollicitations par messagerie, tchat et visioconférence. La mécanique est identique au cabinet.
Dans la profession, le constat est partagé. Le rapport sur la qualité de vie professionnelle publié par le CNB ( Conseil National des barreaux) en juin 2025 relève que 3 avocats sur 10 évoquent des difficultés à concilier vie professionnelle et vie personnelle.
Les repères que la loi fixe, et ceux qu’elle ne fixe pas
Pour les salariés du cabinet, le Code du travail pose des limites : 10 heures de travail par jour au maximum, 48 heures sur une même semaine (44 heures en moyenne sur douze semaines) et un repos quotidien d’au moins 11 heures consécutives. Le droit à la déconnexion est lui aussi reconnu.
Ces plafonds ne s’appliquent pas aux avocats non-salariés. Associés, collaborateurs libéraux et avocats installés doivent donc se fixer eux-mêmes leurs limites, ce qui est plus difficile quand les demandes arrivent de toutes parts.
L’organisation, premier levier de prévention
L’INRS le répète : planifier et répartir les charges de travail, et organiser le partage d’informations sur les contraintes, fait partie des leviers les plus efficaces. Concrètement, un court point d’équipe hebdomadaire suffit souvent à voir qui est surchargé et à rééquilibrer. Il aide aussi à décider, ensemble, ce qui peut attendre.
Des règles simples sur la messagerie font aussi la différence : pas de réponse attendue le soir, sauf urgence clairement définie. Avant un pic d’activité, comme une audience importante ou une clôture, prévoir un relais évite que tout repose sur une seule personne. Après un gros dossier, laisser un temps de récupération n’est pas un luxe. Enfin, un échange régulier et sans enjeu sur la charge de chacun permet de repérer tôt ce qui se prépare.
Un enjeu d’attractivité autant que de santé
Le baromètre « Emploi et recrutement des avocats » 2024 du CNB montre que 74 % des cabinets recruteurs ont rencontré des difficultés pour recruter un ou plusieurs collaborateurs. Côté collaborateurs, l’organisation du travail est un critère de choix pour 52 % d’entre eux, et 29 % envisagent de quitter la profession d’ici à trois ans. Un cabinet qui prend l’organisation du temps au sérieux protège ses équipes, mais renforce aussi son attractivité.
Où trouver de l’aide
Le CNB a fait de la qualité de vie professionnelle un chantier de fond. Son rapport de juin 2025 prévoit un outil de diagnostic pour que chaque avocat puisse évaluer ses risques, et la centralisation des initiatives des ordres, qui restent le premier maillon vers lequel se tourner.
Du côté de KERIALIS, l’Action Sociale peut accompagner les assurés confrontés à une difficulté avec une participation financière pour ses assurés, et le livre blanc « Vie en entreprise : santé mentale, un enjeu majeur », coécrit avec Eutelmed, aide les dirigeants à structurer leur démarche. Quand la fatigue ne passe plus avec le repos, le premier réflexe reste d’en parler à son médecin traitant.
Sources : CNB, rapport sur la qualité de vie professionnelle des avocats (assemblée générale de juin 2025) ; CNB, baromètre « Emploi et recrutement des avocats » 2024 ; INRS, « Travail sur écran » et dossier télétravail ; Code du travail, articles L3121-18, L3121-20, L3121-22 et L3131-1.