KERIALIS s’engage aux côtés d’Avocats Sans Frontières France
À l’occasion du nouveau partenariat signé en 2025 entre KERIALIS et Avocats Sans Frontières France (ASF France), Anne Lutun, directrice générale de l’association, revient sur les missions de terrain d’ASF France, les enjeux actuels de l’accès à la justice et le sens de cette collaboration.
Un entretien au cœur de la défense des droits fondamentaux et de la solidarité internationale.
« Défendre les droits fondamentaux et l’accès à la justice partout où ils sont menacés : c’est le cœur de notre engagement. »
Anne Lutun
Directrice générale de l’association Avocats Sans Frontière
Pouvez-vous rappeler l’histoire et les principes fondateurs d’Avocats Sans Frontières France ?
« Avocats Sans Frontières France a été créée en 1998, dans le contexte du génocide du Rwanda. Dès l’origine, notre mission est claire : défendre les droits fondamentaux et l’accès à la justice partout où ils sont menacés.
Nos principes fondateurs reposent sur la solidarité internationale, l’indépendance et l’engagement bénévole d’avocats et de juristes aux côtés des populations vulnérables, des associations locales et des acteurs judiciaires.
Nous intervenons lorsque le besoin est confirmé et que nous sommes sollicités. Nous ciblons les personnes en situation de vulnérabilité : les migrants, les victimes de violences, les défenseurs des droits humains menacés, les journalistes et bloggeurs, et les personnes LGBTQIA+ .»
« Notre priorité est d’agir là où la justice est défaillante ou inaccessible.»
Des avocats bénévoles formés pour intervenir dans des contextes sensibles
Votre association s’appuie sur des avocats bénévoles. Comment sont-ils préparés à ces contextes particuliers ?
« Nos bénévoles, avocats ou juristes, suivent une formation de formateurs, dispositif interne à ASF France, qui a pour objectif principal de doter ces formateurs d’une méthodologie adaptée, d’outils pédagogiques pour transmettre des savoir‑faire en matière de défense des droits, en lien avec les valeurs et le mandat de l’association.
Les membres d’ASF France s’engagent par conviction : défendre les droits fondamentaux, partager leur expertise, et agir là où la justice est menacée. Leur motivation est souvent nourrie par une expérience personnelle ou une sensibilité aux injustices ou aux inégalités d’accès au droit. »
Les grandes missions d’Avocats Sans Frontières France
Quelles sont aujourd’hui les principales missions de l’association ?
« Nos actions s’articulent autour de trois grands axes. D’abord, favoriser l’accès au droit et à une justice équitable pour les personnes vulnérables, détenues arbitrairement ou victimes de violences. Cela passe par la formation des avocats locaux, l’appui à l’assistance juridique et la constitution dans des dossiers emblématiques.
Ensuite, le renforcement de l’État de droit et des acteurs locaux, grâce à des programmes de formation, des ateliers pratiques, du conseil juridique et du mentoring.
Enfin, le plaidoyer et la mobilisation internationale, en appui aux organisations de la société civile, pour sensibiliser aux enjeux de protection des droits humains. »
Des interventions sur plusieurs continents
Dans quels pays intervenez-vous actuellement ?
« Actuellement, nous intervenons principalement en Afrique (Cameroun, Guinée, Nigeria, Tchad, Tunisie), en Europe (Grèce), en Asie (Laos), et dans des contextes de crise ou post-crise comme l’Ukraine ou la Syrie.
Nos missions sont adaptées aux besoins locaux, en partenariat avec des acteurs de la société civile et des institutions judiciaires.»
Actions de terrain : entre avancées concrètes et défis de long terme
Pouvez-vous nous donner quelques exemples de missions en cours ?
« En Tunisie, nous sommes constitués dans des dossiers d’avocats en détention et nous soutenons les confrères et consœurs menacés pour leur engagement contre l’impunité.
En Grèce, sur l’île de Samos, nous appuyons deux consœurs grecques dans l’accompagnement juridique des personnes migrantes, notamment pour des procédures de regroupement familial et des requêtes devant la Cour européenne des droits de l’Homme.
Au Nigeria, notre travail engagé depuis 2024 avec des avocats locaux a permis, en juillet 2025, la libération de deux personnes détenues arbitrairement depuis plus de quatre ans, sans jugement. »
« Intervenir dans des contextes de grande fragilité rend l’assistance juridique plus délicate, mais d’autant plus indispensable. »
Et à l’inverse, quelles actions sont plus complexes à faire avancer ?
« Au Cameroun, depuis la réforme législative de 2016, le nouveau Code pénal camerounais prévoit des peines alternatives pour certains délits passibles d’une peine inférieure à deux ans d’emprisonnement ou d’une amende. Toutefois, l’article dédié à la mise en œuvre de ces peines indique que les modalités sont fixées par un décret d’application. À ce jour, ce décret d’application n’a pas été promulgué.
Depuis 2021, ASF France et ses partenaires camerounais mènent des tables rondes entre acteurs judiciaires, société civile, autorités judiciaires, administration pénitentiaire, et décideurs politiques, organisent des consultations juridiques gratuites, proposent des études de faisabilité et des recherches sur les conditions d’application, en vue de faire adopter le décret d’application.
La surpopulation carcérale et les conditions de détention ne se sont pas significativement améliorées, en raison de la persistance des blocages institutionnels et culturels. Notre action est multiforme car il est nécessaire de combiner plaidoyer, formation et engagement des partenaires internationaux pour faire avancer les droits humains, même lorsque les résultats sont lents à venir.»
Pourquoi un partenariat avec KERIALIS ?
Qu’est-ce qui a motivé ce partenariat avec KERIALIS ?
« KERIALIS partage notre vision d’un accès à la justice pour tous.
Le partenariat avec KERIALIS dépasse le simple don : c’est une alliance stratégique entre un organisme de protection sociale du monde du droit et une ONG engagée pour les droits fondamentaux.
Ce partenariat entre Avocats Sans Frontières France et KERIALIS s’inscrit dans une logique de complémentarité entre l’expertise juridique et l’engagement sociétal. KERIALIS, en tant qu’acteur clé du secteur juridique en France, partage notre conviction que l’accès à la justice est un pilier fondamental de la démocratie et des droits humains. Ce partenariat permet certes à ASF France de continuer ses actions, mais aussi d’amplifier son impact.»
« Ce partenariat confirme que l’expertise juridique et la solidarité internationale peuvent transformer les réalités sur le terrain. »
Mesurer l’impact et faire face aux défis
Comment mesurez-vous l’impact de vos actions ?
« Nous utilisons des indicateurs quantitatifs et qualitatifs. En 2024, plus de 1 200 détenus et victimes de violences ont bénéficié d’une assistance juridique directe.
Nous évaluons aussi notre capacité à renforcer durablement les acteurs locaux, afin qu’ils puissent poursuivre les actions sans notre appui direct. »
Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux ?
« Le manque de financements stables, les contextes politiques et sécuritaires instables, la complexité juridique et le recul global des droits humains représentent des obstacles majeurs.
C’est pourquoi nous adaptons en permanence nos méthodes et privilégions des actions coconstruites avec les acteurs locaux pour bâtir des systèmes durables de défense des droits. Cela permet d’agir même dans des contextes mouvants. »
Regards vers l’avenir
Quelles sont les priorités d’ASF France pour les années à venir ?
« Nous souhaitons renforcer notre action en faveur des droits des détenus, des femmes et des enfants, ainsi que notre soutien aux journalistes et défenseurs des droits humains.
La protection des avocats est également devenue un enjeu central, notamment depuis l’adoption en 2025 de la Convention européenne pour la protection de la profession d’avocat, à laquelle ASF France a contribué. »
S’engager auprès de l’association Avocats Sans Frontière France
Comment les entreprises peuvent jouer dans la défense des droits et l’accès à la justice?
« Les entreprises peuvent jouer un rôle clé en soutenant financièrement les associations, en relayant nos actions, et en s’engageant dans des projets concrets (pro bono, formations, plaidoyer). Leur responsabilité sociétale est essentielle pour l’accès à la justice.
Elles peuvent agir comme des ponts entre le monde des professionnels du droit et les enjeux internationaux de justice et de solidarité. En relayant les valeurs de droits humains, elles contribuent concrètement à la dignité, à l’équité et à la justice pour tous.»
Comment devenir bénévoles pour l’association ?
« Pour devenir bénévole à Avocats Sans Frontières France, il faut d’abord être adhérent à l’association et remplir un formulaire pour nous indiquer ses envies, ses expertises et ses domaines de compétences. Ensuite, les bénévoles peuvent participer à notre formation de formateurs. Lorsque des besoins sont identifiés sur nos projets, nous lançons des appels à mobilisation auprès de nos adhérents, et les personnes qui confirment leur disponibilité peuvent alors s’engager concrètement sur les actions. »
Le message d’Anne Lutun aux avocats
« Le métier d’avocat n’a pas de frontières. En vous mobilisant à nos côtés, vous donnez une voix et une défense à ceux qui en sont privés. »










