Accompagner la transformation des cabinets d’avocats

Un éclairage sur les transformations en cours et les enjeux à venir pour les cabinets d’avocats.
Accompagner la transformation des cabinets d’avocats
Accompagner la transformation des cabinets d’avocats

Entretien avec Cyrille Grandjean – Directeur Général de l’ANAFAGC

Depuis plusieurs années, KERIALIS et ANAFAGC travaillent main dans la main pour accompagner les avocats et leurs cabinets face aux évolutions de la profession. Entre expertise de la gestion, soutien institutionnel et anticipation des nouvelles pratiques, leur partenariat vise à offrir aux professionnels des outils et conseils adaptés.
Cyrille Grandjean est le directeur général d’ANAFAGC, qu’il a rejoint il y a quatre ans après une carrière dans l’industrie. Il a accompagné la transformation de l’association dans un contexte de profondes évolutions pour les cabinets d’avocats. Dans cette interview, nous revenons sur les missions d’ANAFAGC, les synergies avec KERIALIS, ainsi que les grands enjeux à venir, notamment la généralisation de la facturation électronique en 2026.

KERIALIS et l’ANAFAGC sont partenaires depuis plusieurs années. Pour commencer, pouvez-vous nous rappeler quelles sont les missions de l’ANAFAGC et le rôle qu’elle joue aujourd’hui auprès des cabinets d’avocats ?

 

Cyrille Grandjean : ANAFAGC est une association créée par des avocats pour des avocats, et elle existe depuis plus de 45 ans. Sa mission est d’accompagner les cabinets dans la gestion de leur activité.

Nous exerçons quatre grands métiers. Le premier, naturellement, est la comptabilité : en tant qu’experts-comptables, nous gérons les comptes des cabinets, réalisons les déclarations fiscales et produisons les liasses nécessaires à la conformité avec la DGFIP.

Le deuxième métier concerne l’audit et la conformité fiscale. Nous effectuons notamment des Examens de Conformité Fiscale (ECF), qui ont remplacé le visa fiscal supprimé par la loi de finances de 2022. Cet ECF repose sur un contrôle en dix points et offre plusieurs avantages : il réduit la probabilité d’un contrôle fiscal et, en cas de redressement, peut conduire à une suppression des pénalités.

Troisième métier : la gestion de la paie et des missions sociales. Nous assurons l’ensemble du suivi social pour les cabinets (paie, contrats de travail, ruptures conventionnelles, et accompagnement sur les questions relatives à la protection sociale). À ce titre, nous orientons nos clients vers les solutions KERIALIS, en mutuelle, prévoyance ou retraite complémentaire, avec qui nous sommes partenaires de longue date.

Enfin, le quatrième métier d’ANAFAGC est l’édition de logiciels. Nous développons des outils comptables adaptés aux spécificités des avocats, permettant la saisie autonome et la révision comptable à moindre coût. Nos solutions sont connectées au RPVA et proposent un accès direct aux formulaires utiles à la profession. Nous travaillons également sur la mise en conformité avec la facture électronique, afin d’aider les cabinets à anticiper cette évolution réglementaire.

Notre gouvernance est exclusivement composée d’avocats, et nous nous inscrivons ainsi pleinement dans l’écosystème de la profession.

Vous êtes au plus près des réalités économiques des cabinets. Quelles sont aujourd’hui les grandes tendances ou les principaux enjeux qui structurent l’évolution de la profession d’avocat ?

 

Cyrille Grandjean : ANAFAGC dispose d’un observatoire dédié à l’activité économique des cabinets d’avocats. Nous suivons plus de 9 000 dossiers, ce qui nous permet d’avoir une vision représentative de la profession. Chaque année, à partir de la déclaration fiscale 2035, nous publions des statistiques sur le chiffre d’affaires, les résultats et les bénéfices selon les types de structures : avocats individuels, collaborateurs ou sociétés.

Depuis 2021, après la période difficile liée au Covid, nous observons une reprise de l’activité et un retour à la croissance. En moyenne, la moitié des avocats dégagent environ 3 000 € de résultat mensuel, tandis qu’un quart d’entre eux n’atteignent que 1 400 €, signe de conditions économiques encore fragiles pour une partie de la profession.

Sur le plan des enjeux, l’intelligence artificielle transforme profondément le métier. Certains travaux peuvent désormais être automatisés, ce qui pose des questions sur le secret professionnel et la sécurité des données, notamment lorsque les outils ne sont pas hébergés en France. Il existe également des cas d’« hallucinations » de l’IA, c’est-à-dire des situations dans lesquelles des outils génèrent de fausses jurisprudences, phénomène observé aux États-Unis et en France.

L’évolution se fait désormais vers des outils d’IA spécialisés par métier, mais la prochaine étape est celle des « world models », capables de traiter des problématiques beaucoup plus larges. Ce bouleversement interroge notamment le rôle des jeunes avocats : comment intégrer et faire évoluer les collaborateurs si certaines tâches sont automatisées ? Leur formation et leur place dans les cabinets deviennent des questions centrales pour l’avenir de la profession.

Autre tendance majeure : la digitalisation. Environ 60 % des cabinets ne disposent pas encore d’outils de gestion adaptés. Cette modernisation sera indispensable pour mieux piloter leur activité. ANAFAGC propose déjà depuis plusieurs années des solutions comme AIDAVOCAT Suite , un logiciel combinant comptabilité et gestion de cabinet. Il permet notamment le suivi des temps, la gestion des rendez-vous et la détection automatique des conflits d’intérêts, un enjeu crucial pour les avocats. Par exemple, le logiciel peut alerter lorsqu’un cabinet risque de défendre successivement dans le temps deux parties adverses dans un même dossier, évitant ainsi des situations délicates de conflit d’intérêt, souvent portées devant les barreaux.

L’un des grands chantiers qui s’annonce pour 2026 est la généralisation de la facturation électronique. Quels impacts cette transformation va-t-elle avoir concrètement pour les cabinets d’avocats ?

 

Cyrille Grandjean : L’année 2026 marque un tournant majeur avec la généralisation de la facturation électronique. Pour rappel, deux étapes sont prévues : dès le 1er septembre 2026, les cabinets devront être capables de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée ; puis, en septembre 2027, ils devront émettre leurs factures sous format électronique conforme à la réglementation.

Cette évolution représente une transformation importante, d’autant que près de 60 % des cabinets ne disposent pas encore d’outils de gestion adaptés. Les logiciels existants, comme AIDAVOCAT Suite, ont déjà été mis à jour pour répondre aux nouvelles exigences, mais les cabinets non équipés doivent dès maintenant anticiper et choisir une solution.

Pour accompagner cette transition, ANAFAGC propose deux outils complémentaires :

  • AIDAVOCAT X, une solution simple et économique (10 € par mois) permettant de recevoir et d’émettre des factures électroniques. Idéale pour les avocats non équipés, elle facilite une mise en conformité rapide et sans complexité technique.
  • SIIDE, un logiciel en mode SaaS (full web), accessible partout et hébergé dans un cloud souverain français, via un partenariat avec Cecurity qui utilise le cloud du groupe Dassault. Cette localisation contribue à renforcer la protection des données, notamment vis-à-vis des lois d’extraterritorialité. SIIDE répond aussi aux impératifs du secret professionnel, grâce à la possibilité d’anonymiser les prestations sur les factures, permettant d’éviter la divulgation du contenu des interventions. Proposé à 16 € par mois, il intègre également des fonctionnalités de gestion globale du cabinet (planification, suivi, pilotage).

La facturation électronique, bien que complexe dans sa mise en place, va donc profondément accélérer la numérisation des cabinets. Au-delà de la conformité, elle apportera de réels avantages :

Une meilleure trésorerie, grâce à l’envoi automatique des factures et à la réduction des erreurs ou des retards.

  • Une fluidité accrue des échanges entre le cabinet, l’expert-comptable et l’administration (Direction Générale des Finances Publiques).
  • Une sécurisation renforcée des données et des flux financiers.

En définitive, cette réforme permettra aux cabinets d’avocats de gagner en efficacité, en transparence et en confort de gestion, tout en réduisant leur charge administrative.

Comment ANAFAGC accompagne-t-elle les cabinets pour anticiper et réussir cette transition vers la facturation électronique ?

 

Cyrille Grandjean : Pour aider les cabinets à anticiper et réussir la transition vers la facturation électronique, nous avons mis en place un large dispositif d’accompagnement. Tout d’abord, nous organisons de nombreux webinaires destinés à informer nos clients sur le calendrier de la réforme, ses obligations, ses contraintes et les différents outils disponibles.

Ces sessions ont également pour objectif d’aider les cabinets à choisir leur plateforme agréée. Nous les conseillons sur les critères essentiels à examiner : la souveraineté des données (avec une préférence pour un hébergement dans un cloud français et sécurisé), les coûts et modalités de migration des données, ainsi que la compatibilité entre la plateforme agréée et leur outil de gestion interne.

D’autres points d’attention concernent les options offertes par les plateformes, au-delà de la simple émission et réception des factures : certaines proposent des services de recouvrement, de gestion de trésorerie ou d’autres fonctionnalités complémentaires. Il faut aussi considérer le modèle économique : si certaines plateformes se présentent comme gratuites, il faut garder à l’esprit que si c’est gratuit, c’est que vous êtes probablement le produit. Les données peuvent alors être revendues, et les coûts de stockage ou d’archivage finiront inévitablement par être répercutés.

Nous attirons également l’attention sur la solidité des prestataires. Aujourd’hui, près de 140 plateformes sont en cours d’immatriculation, mais on estime qu’il n’en restera qu’une trentaine à quarante dans deux ans, le marché allant se concentrer. Si une plateforme disparaît, il faut pouvoir migrer ses données vers une autre, souvent avec des coûts cachés. Il est donc crucial d’anticiper ces aspects dès le départ.

En parallèle, nous mettons à disposition nos propres outils (AIDAVOCAT et SIIDE) spécialement conçus pour répondre aux exigences de la facture électronique, ainsi que notre logiciel historique AIDAVOCAT, déjà mis en conformité depuis fin 2025. Plus de 3 000 cabinets l’utilisent aujourd’hui et pourront basculer vers la facturation électronique sans difficulté grâce aux évolutions intégrées.

Enfin, nos experts-comptables et équipes techniques accompagnent chaque cabinet dans cette transition : diagnostic de leur situation, analyse des flux, recommandation d’outils adaptés à leur organisation. Nous travaillons aussi avec des solutions externes comme Sage (Génération Expert) ou Tiime, afin de proposer une palette complète d’options selon les besoins et le niveau de digitalisation de chaque cabinet.

 

Quelles sont, selon vous, les principales synergies entre ANAFAGC et KERIALIS dans l’accompagnement des avocats et de leurs cabinets ?

 

Cyrille Grandjean : ANAFAGC et KERIALIS collaborent depuis de nombreuses années autour d’un objectif commun : accompagner les avocats dans la gestion et la sécurisation de leur activité.

Nous recommandons les solutions KERIALIS à nos clients, car elles sont conçues pour la profession d’avocat et parfaitement adaptées à leurs besoins en matière de mutuelle, prévoyance et retraite complémentaire. À ce titre, nous agissons comme un véritable prescripteur auprès des cabinets.

Cette collaboration s’inscrit également dans une logique de synergie : nous sommes partenaires sur la plateforme Sovalis, avec une communication réciproque qui renforce la visibilité de nos services respectifs.

Enfin, nos deux structures partagent une gouvernance issue du monde des avocats, ce qui nous confère une culture commune et une même compréhension des enjeux de la profession. Cela se traduit par des approches et des valeurs similaires dans notre manière d’accompagner les cabinets au quotidien.